Santé publique France sous l'éteignoir, la prévention aussi !
Le 2 juin 2026
La presse nationale[1] s’est fait l’écho ces derniers jours des premiers effets délétères et très concrets de la reprise en main des campagnes grand public par le gouvernement, alors qu’elles étaient assurées jusqu’ici de manière relativement indépendante par Santé publique France.
Deux campagnes diffusées habituellement pour la prévention de risques récurrents ont ainsi été annulées :
– La campagne « canicule » destinée à rappeler à la population les comportements préventifs lors de la survenue d’épisodes de chaleurs intenses. Santé publique France est parfaitement rôdé sur ce thème. Mais on comprend que le pilotage par le gouvernement ne l’est pas du tout, si bien que la campagne, qui aurait pu et dû être prête et diffusée dans les médias lors de la canicule majeure qui a touché l’ensemble du territoire national fin mai, est restée bloquée dans les circuits administratifs du ministère et du Secrétariat général du gouvernement (SIG). Ces épisodes climatiques extrêmes étant malheureusement destinés à se renouveler et à s’intensifier, il serait judicieux de revenir au professionnalisme qui régissait antérieurement ces campagnes de prévention.
– La Journée mondiale sans tabac. L’OMS a décidé que tous les 31 mai, une journée de mobilisation contre le tabac serait organisée dans l’ensemble des pays, marquant ainsi la volonté unanime de lutter contre un des fléaux majeurs de santé publique. Depuis 10 ans, la France s’y est activement associée par une campagne médias de Santé publique France, associant communication sur les données épidémiologiques et prévention. Ces éléments étaient repris et relayés par les associations permettant d’en amplifier l’impact sur le terrain de la lutte contre le tabagisme. Cette année, la campagne a été annulée purement et simplement sans explication.
Ces deux épisodes désastreux, qui inaugurent la volonté de dessaisissement de Santé publique France des campagnes de prévention dans les médias, sont de très mauvais augure pour la suite. Il est difficile de démêler dans ces ratés ce qui relève de l’incompétence de responsables administratifs inexpérimentés, et ce qui résulte de la volonté de mise au pas d’une agence dont la communication de santé publique n’a pas toujours été appréciée du secteur économique proches du pouvoir. La censure de plusieurs campagnes de prévention sur l’alcool, à la demande du lobby alcoolier, est restée dans toutes les mémoires. Cependant, quels que soient les méandres et les motivations de ces décisions, c’est la prévention et la santé publique qui sont les victimes.
Nous allons pouvoir juger prochainement des conséquences éventuelles de ce recadrage. En effet, la prévention des addictions aux paris sportifs va être soumise à un défi majeur lors de la Coupe du Monde de football qui débute le 11 juin prochain en Amérique du Nord. On peut déjà voir les opérateurs de paris sportifs (notamment Winamax et Unibet) préparer le terrain sur les médias. Cette compétition mondiale à haute visibilité et très populaire s’accompagnera d’une multiplication considérable des paris en ligne, du fait d’une pression publicitaire maximale. Une campagne de prévention sur les risques liés aux paris sportifs avait été annoncée il y a quelques mois. On peut nourrir quelques craintes sur sa concrétisation au vu des deux épisodes précédents, et alors que le président de la République vient de proposer Pascal Chevremont, un ancien lobbyiste de l’alcool (il a été délégué général des Brasseurs de France), pour prendre la tête de l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ).
Dans les rendez-vous réguliers et indispensables pour une action efficace dans la durée, il y a le Moi(s) sans Tabac, en novembre. Ce sera aussi là encore l’occasion de juger de l’investissement de l’Etat dans la prévention au-delà de l’intitulé du ministère.
En privant Santé publique France de son bras armé pour la prévention dans les grands médias, le gouvernement révèle sa crainte devant une expression scientifique indépendante, à une époque où des gouvernements autoritaires bâillonnent la science quand elle dérange. Par cette « réforme » de la communication en prévention, le gouvernement devrait être conscient qu’il peut préparer le terrain pour des dirigeants encore moins soucieux de la vérité scientifique.

Bernard Basset, Président d’honneur
[1] https://reporterre.net/Le-gouvernement-a-censure-des-campagnes-de-prevention-sur-la-canicule-et-le-tabac ; https://www.mediapart.fr/journal/france/300526/canicule-sante-publique-france-empechee-de-deployer-son-dispositif-de-prevention ; https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/canicule-la-publication-d-une-campagne-de-sante-publique-france-retardee-par-matignon-selon-des-syndicats-4794516