Chemsex : une pratique à risque au cœur des préoccupations de santé publique
Le chemsex est aujourd’hui identifié comme un véritable problème de santé publique dont le gouvernement s’est saisi. Le professeur Amine Benyamina, président d’Addictions France, a coordonné deux rapports successifs sur le sujet, dont le plus récent (qui n’est pas encore rendu public) a été remis à la ministre Stéphanie Rist en février, dans le cadre de la feuille de route sur la santé sexuelle en France.
Qu’est-ce que le chemsex ?
Le chemsex, pour “chemical sex”, désigne des relations sexuelles sous l’effet de substances psychoactives visant à intensifier le plaisir et les performances. Il s’agit le plus souvent de produits de synthèse comme les cathinones, le GHB, le GBL ou la kétamine, parfois associés à de l’alcool ou à des stimulants comme la cocaïne.
À l’origine, cette pratique s’est développée dans certains milieux homosexuels, notamment à Londres, avec des règles de sécurité et une logique de réduction des risques. Mais en se diffusant, cet encadrement s’est largement perdu.
Quelle est l’ampleur du phénomène en France et qui est concerné ?
Le phénomène est loin d’être marginal. Selon le rapport, environ 22 % des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes déclarent avoir déjà pratiqué le chemsex.
Les conséquences sont déjà visibles dans le système de soins : 40 % des usagers rapportent des effets négatifs et près d’un tiers ont déjà été admis aux urgences, que ce soit pour des complications médicales, des infections ou des demandes de prise en charge en addictologie.
Quels sont les principaux risques ?
Les risques sont à la fois immédiats et à long terme. On observe des surdoses, des complications neurologiques, cardiovasculaires et musculaires graves. À cela s’ajoutent des troubles psychiques importants : anxiété, dépression, dépendance, voire décompensations psychiatriques. Les conséquences en santé sexuelle sont également marquées, avec un risque accru d’infections et des violences sexuelles, rapportées dans plus d’un tiers des cas. Le chemsex peut aussi entraîner une association durable entre sexualité et consommation de produits.
Pourquoi certaines situations deviennent-elles dramatiques ?
Le danger est renforcé par les mélanges de substances. Les “cocktails” associant GHB, GBL, kétamine ou cathinones augmentent fortement la toxicité. Par ailleurs, la peur du jugement ou de poursuites judiciaires empêche souvent d’appeler les secours en cas d’accident. Cette réalité a déjà conduit à des décès évitables, ce qui souligne la complexité médico-légale de ces situations. L’association Chems Pause a recensé au moins 20 personnes décédées lors de rapports sexuels sous drogue depuis le début de l’année 2026.
Quelles réponses propose le rapport remis par le Pr Amine Benyamina en février 2026 à la ministre de la Santé ?
Le rapport plaide pour une prise en charge coordonnée entre addictologie, psychiatrie et santé sexuelle. Il recommande de renforcer le repérage précoce, de former les professionnels de santé et de développer une prévention combinée (dépistage, vaccination, PrEP). Il propose aussi de structurer des parcours de soins, de créer des référents spécialisés dans les agences régionales de santé et de labelliser des centres de référence. Enfin, il insiste sur le rôle clé des associations communautaires et sur le développement de stratégies numériques, notamment via des applications comme Grindr, pour diffuser des messages de prévention et accompagner les usagers.