Un phénomène en expansion et encore largement tabou

L’addiction à la pornographie, une forme d’addiction comportementale, se caractérise par un usage excessif, incontrôlé et envahissant de contenus à caractère sexuel, souvent associé à la masturbation. Elle entraîne une souffrance et peut provoquer des répercussions physiques, psychologiques et relationnelles, comme des difficultés conjugales, une altération de l’image de soi ou un sentiment de honte.

Comme le rappelle Virginie Lebon, psychologue à Addictions France : « Ce comportement peut conduire à une souffrance marquée et à des difficultés émotionnelles et relationnelles. » Il est important de souligner que l’addiction à la pornographie n’est ni un trouble des fonctions sexuelles, ni une perversion, ni une paraphilie.

L’accès facilité via Internet a considérablement amplifié l’exposition aux contenus pornographiques, y compris chez les enfants. Selon le CEFRAAP, l’âge moyen de première consultation se situe entre 9 et 11 ans, 2,3 millions de jeunes consultent chaque mois des contenus pornographiques, et 50 % des 12 ans le font quotidiennement. Une recherche sur cinq effectuée sur téléphone portable est pornographique. Dans le monde, on compte 100 millions de visiteurs quotidiens et 800 millions de sites.

« Cette exposition massive intervient à un âge où les représentations de la sexualité, du corps, de l’intime, du plaisir, du consentement et de la relation affective sont en pleine construction », précise Virginie Lebon.

La pornographie, souvent scénarisée et parfois violente, peut banaliser certaines pratiques. La précocité d’exposition constitue un facteur de vulnérabilité, influençant durablement le rapport au corps et aux relations.

Il existe un test de dépistage pour l’addiction sexuelle, le test de carnes. Ce test permet de dépister une addiction sexuelle et des addictions associées. Il comporte 25 questions dont la réponse est oui ou non. 

 

Comprendre le passage d’un usage à une addiction : critères, vulnérabilités et conséquences

La distinction entre consommation « normale » et consommation problématique ne dépend pas du nombre de visionnages, mais de la souffrance ressentie et de la persistance du comportement malgré ses conséquences. Certaines personnes peuvent éprouver un mal-être lié à une incongruence morale, lorsque leurs actes semblent contraires à leurs valeurs.

Plusieurs facteurs augmentent le risque d’usage problématique : des vécus traumatiques ou du harcèlement, une accessibilité facile à la pornographie, des environnements familiaux fragilisés, des carences éducatives, et l’anonymat en ligne.

Les conséquences d’une addiction à la pornographie peuvent être psychologiques (anxiété, dépression, baisse de l’estime de soi), relationnelles (difficultés à construire des liens intimes) et sexuelles (perte de libido, troubles érectiles, attentes biaisées de performance). Elles concernent aussi la perception de certaines pratiques, parfois déconnectée de la réalité sociale ou même légale.

 

Accompagner, prévenir, soigner : vers une prise en charge plus accessible

Peu de personnes en difficulté avec la pornographie sollicitent une prise en charge, souvent par manque d’information, honte ou méconnaissance des structures comme les CSAPA (Centre de soins et de prévention en addictologie). Pourtant, ces dispositifs offrent un accompagnement individuel ou groupal, avec des approches variées et personnalisées (thérapie cognitivo-comportementale, psychodynamique, psychoéducation, entretiens motivationnels, thérapies de couple ou familiales) et des outils de repérage comme le test de Carnes, toujours complétés par une évaluation clinique.

“Le sevrage peut entraîner fatigue, irritabilité, insomnie ou pensées envahissantes. Le soutien bienveillant, l’écoute et l’absence de jugement sont essentiels, avec des groupes d’auto-support comme la DASA pour rompre l’isolement.” précise Virginie Lebon

La prévention est elle aussi essentielle pour prévenir les usages problématiques : elle passe par l’éducation à la sexualité et à la vie affective adaptée à l’âge, le développement des compétences psychosociales, l’accompagnement des parents et des professionnels, et l’amélioration de la protection des accès en ligne. Un discours équilibré, la formation des professionnels, la promotion des structures de soin et des actions réglementaires pour protéger les mineurs constituent des leviers clés.