Adolescence et substances psychoactives en 2024 : de nouvelles consommations plus accessibles ?
L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) vient de publier le troisième volet d’EnCLASS, l’Enquête nationale en collège et en lycée chez les adolescents sur la santé et les substances. Menée en 2024 auprès de 11 000 élèves du secondaire, l’étude permet d’analyser les pratiques de consommation de drogues licites et illicites des adolescents. Entre baisse continue de la consommation de tabac et de drogues illicites et rebond de la consommation d’alcool et du vapotage, l’enjeu demeure identique : retarder au maximum l’âge des premières consommations doit être la boussole des politiques publiques.
Moins de tabac, plus de cigarettes électroniques
L’OFDT constate que les expérimentations de cigarettes “classiques” ont globalement baissé depuis 2022 chez les jeunes : en près de quinze ans, l’expérimentation du tabac a été divisée par quatre chez les collégiens et par deux chez les lycéens. En 2024, 7,7 % des collégiens et 30,6 % des lycéens déclarent ainsi avoir déjà fumé une cigarette. Le tabagisme quotidien ne concerne que 0,9 % des collégiens et 5,6 % des lycéens.
En revanche, l’ODFT s’alarme de la diffusion de la cigarette électronique qui demeure importante, et même supérieure à celle des cigarettes de tabac : l’expérimentation, qui est restée statistiquement stable entre 2022 et 2024, est déclarée par près d’un collégien sur cinq (19,0%) et près d’un lycéen sur deux (46,0%), avec une progression de l’usage tout au long du collège et du lycée. Son usage quotidien progresse et s’accélère chez les lycéens, et concerne autant les garçons que les filles.
À l’automne dernier, l’OMS alertait également sur l’augmentation de l’usage des cigarettes électroniques chez les jeunes adolescents, et pointait la responsabilité d’un ciblage marketing agressif visant précisément un futur vivier de consommateurs : la jeunesse.
Un rebond net de la consommation d’alcool
Si l’ODFT observait une baisse continue entre 2010 et 2022, elle note désormais un rebond des niveaux d’expérimentation de l’alcool entre 2022 et 2024. En 2024, elle concerne ainsi plus de la moitié des collégiens (+ 10,6 points entre 2022 et 2024) et près des trois quarts des lycéens. Elle concerne par ailleurs les élèves de terminale (73,3%) comme les élèves de sixième : 8,5% ; un chiffre important pour des enfants de 11-12 ans.
Si l’expérimentation de l’ivresse et de l’API (alcoolisation ponctuelle importante) recule globalement, il faut noter que la consommation régulière (au moins 10 fois au cours des 30 derniers jours) augmente chez les lycéens, passant de 5,3% à 8,8% entre 2022 et 2024, après une forte baisse sur la période 2018-2022.
Pour l’OFDT, cette nouvelle tendance pourrait s’expliquer par un retour à la normale après la période covid avec la diminution des restrictions et règles de distance sociale depuis 2022-2023.
Des usages de substances illicites en légère baisse
Parmi les élèves de troisième, 7,4% ont expérimenté le cannabis et jusqu’à 21% l’ont testé en terminale. Si ces indicateurs sont en baisse, il faut souligner le fait que les garçons sont systématiquement plus consommateurs.
Concernant les autres drogues illicites, 2% des lycéens déclarent avoir expérimenté la cocaïne, 2% la MDMA/ecstasy, 1,6% les amphétamines et 1,3% la méthamphétamine. Quant au protoxyde d’azote, son usage reste stable entre 2022 et 2024 et concerne 5,8% des lycéens en 2024.
Des stratégies marketing qui atteignent leur objectif : influencer les jeunes
L’enquête de l’OFDT s’intéresse aussi aux facteurs qui influencent les consommations. Ainsi, les lycéens considèrent toujours l’alcool comme la substance la plus facilement accessible, suivie de la cigarette électronique, du tabac, puis du cannabis. Un phénomène assez paradoxal, puisque les produits perçus comme les plus accessibles sont, par leur légalité, censés être strictement encadrés et interdits de vente aux mineurs. Une interdiction loin d’être respectée, comme le démontrent régulièrement Addictions France et le CNCT.
Cette perception d’accessibilité peut aussi s’expliquer par une apparente normalisation des consommations, accentuée par un marketing agressif largement déployé sur les réseaux sociaux. Comme le dénonce Addictions France dans ses rapports, l’alcool et la cigarette électronique ont trouvé leur place en ligne, sur les réseaux sociaux et les comptes des influenceurs préférés des adolescents. Des stratégies marketing qui jouent dangereusement avec les limites de la loi Evin, non pensée en l’état pour les plateformes : Addictions France recommande ainsi d’opter pour une interdiction totale de la publicité pour l’alcool sur les réseaux sociaux.

Enfin, l’argument galvaudé de la “consommation responsable”, ou de la modération, élément de langage phare des lobbies de l’alcool, produit ses effets aussi chez les plus jeunes : si une majorité de lycéens voit un risque important au fait de boire quatre ou cinq verres d’alcool chaque jour, ils ne sont qu’un tiers à associer un risque important au fait de boire un ou deux verres par jour. Quant à la cigarette, seulement 15,3% des lycéens considèrent que fumer occasionnellement du tabac constitue un risque important pour la santé.
Alors que les lobbies de l’alcool mettent en avant une baisse de la consommation d’alcool pour refuser toutes les mesures de prévention, cette enquête montre que le chemin est encore long et que seule une politique déterminée et ambitieuse peut permettre de repousser le plus possible l’âge des premières consommations. Un constat et des recommandations que faisait aussi la Cour des Comptes dans son rapport de 2025, qui s’alertait de la banalisation des consommations chez les jeunes.