La Coupe du Monde 2026 : les paris sportifs à leur paroxysme  

Les publicités pour les paris sportifs, déjà omniprésentes, seront, à ne pas en douter, parmi les publicités les plus diffusés lors de la Coupe du Monde. Cette multiplication des pubs ne fera qu’augmenter leur visibilité auprès d’un public, pas forcément toujours très bien avertis sur les dangers qu’ils représentent.  

Lors de l’Euro 2024 déjà, les contenus publicitaires avaient augmenté de 142 %. Quant aux JO de Paris, un record de mise a été établi à 360M€ (trois fois plus que pour les jeux de Tokyo en 2021). Sur l’année 2024, marquée par ces 2 grands évènements sportifs, l’investissement publicitaire s’est élevé à 670 M€, dont 30% prévus entre mai et juillet, correspondant à la période de l’Euro et des JO.  

Pour 2026, la Coupe du Monde 2026 de football laisse craindre un déferlement d’opérations marketing. D’autant que cette édition est marquée par une particularité inédite : l’instauration de « pauses hydratations » pendant les 2 mi-temps des matchs, permettant ainsi aux diffuseurs officiels de diffuser de la publicité supplémentaire¹ 

L’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) a examiné, comme chaque année, les stratégies promotionnelles des opérateurs de paris sportifs pour 2026. Sans surprise, ils prévoient une augmentation de 25 % des budgets promotionnels, soit 785 M€, dont 319 M€ consacrés au marketing et 466 M€ aux gratifications financières telles que les bonus et freebets, destinées à fidéliser les joueurs². L’ANJ insiste sur le caractère offensif des stratégies mises en place, alimentées par une forte concurrence et des enjeux économiques importants sur le marché en ligne.  

Les « pauses hydratation » instaurées pour cette compétition font craindre une publicité supplémentaire en faveur des paris sportifs. Un diffuseur majeur a d’ailleurs choisi de ne pas commercialiser ces créneaux pour les jeux d’argent, s’engageant à respecter les chartes ARCOM–ANJ–ARPP, ce que l’ANJ salue tout en appelant l’ensemble des acteurs à une modération collective. Parallèlement, l’autorité réaffirme l’importance de faire respecter l’interdiction de publicité et invite le législateur à avancer vers un « whistle‑to‑whistle ban », interdisant toute publicité sur les jeux d’argent juste avant, pendant et après les retransmissions sportives³. 

L’ANJ insiste sur la nécessité d’un équilibre entre liberté commerciale et responsabilité sociale, soulignant que la multiplication des messages publicitaires contribue à banaliser les paris et accroît les risques de comportements excessifs, en particulier chez les jeunes adultes. Si l’ANJ se montre vigilante sur la probable explosion de la publicité pour les paris sportifs, ses avertissements restent, dans les faits, assez timides vis-à-vis des opérateurs de paris sportifs, qui peuvent croire ne pas risquer grand-chose.  

1 – https://rmcsport.bfmtv.com/football/coupe-du-monde/de-la-pub-pendant-les-matchs-de-la-coupe-du-monde-2026-les-pauses-de-trois-minutes-une-revolution-pour-les-diffuseurs_AV-202512090623.html
2 – https://anj.fr/examen-des-strategies-promotionnelles-2026-des-operateurs-de-jeux-dargent
3 – https://anj.fr/publicite-pour-les-paris-sportifs-pendant-la-coupe-du-monde-de-football-2026 

Les paris sportifs : un risque réel d’addictions 

Le rapport « Carton Rouge » d’Addictions France publié en septembre 20254 avait rappelé que les paris sportifs étaient très présents en France et notamment chez les plus jeunes.  

Depuis 5 ans, le volume total des mises des paris sportifs a été multiplié par près de 35, pour environ 24 millions de joueurs en 2025, soit près de 3 millions de plus qu’en 2022, et 350000 joueurs au quotidien. Concernant la publicité de ces paris, 5 opérateurs se partagent 82% des investissements marketing en 2025.  

Cependant, et comme le rappelait le rapport « Carton Rouge », les paris sportifs comportent un certain nombre de risques d’addictions et des chiffres particulièrement éloquents le montrent :  

  • 63 % du PBJ des paris sportifs provient de joueurs addicts ou en perte de contrôle. 
  • Seuls 1 % des parieurs gagnent plus de 1 000 € par an. 
  • 31 % des parieurs déclarent avoir joué plus que prévu après exposition publicitaire. 
  • 44 % des Français ayant remarqué les pubs affirment qu’elles leur ont donné envie de parier. 
  • 1 jeune « vulnérabilisé » sur 2 reconnaît être endetté à cause du jeu. 
  • Près d’1 sur 3 a eu des pensées suicidaires liées au jeu. 
  • 1 jeune « vulnérabilisé » sur 2 reconnaît être endetté à cause du jeu. 
  • Près d’1 sur 3 a eu des pensées suicidaires liées au jeu. 

Au-delà d’Addictions France, les Français sont nombreux à s’inquiéter de cette croissance exponentielle des paris sportifs dans l’espace public : 88 % des Français pensent que la publicité augmente les risques d’addiction, quand 80 % estiment qu’elle entretient l’illusion de l’argent facile. 

Comme 72% des Français, Addictions France milite pour un encadrement plus strict des paris sportifs et propose une « Loi Evin sur les jeux d’argent ». Il s’agit notamment : 

  • Réduire voire interdire la publicité des paris sportifs à la télévision et à la radio, notamment durant les compétitions sportives, sur les réseaux sociaux, au cinéma et sur les sites internet, or ceux des opérateurs agréés 
  • Interdire le sponsoring et le parrainage dans le cadre de compétition sportive professionnelle par les opérateurs de jeux d’argent 
  • Interdire la publicité autour de certains établissements (écoles, universités, centres sportifs, centres de santé) 
  • Interdire toute gratifications financières et autres pratiques commerciales intrusives 

Si la Coupe du Monde représente un évènement important pour le sport français et pour l’ensemble des acteurs concernés, elle ne doit cependant pas devenir un terreau pour les addictions au paris sportifs. Addictions France appelle dès lors le Gouvernement, les autorités comme l’ANJ et l’ARCOM, ainsi que les parlementaires, à agir sans attendre pour que des règles restrictives soient mises en place avant l’été 2026.