Minimiser les risques pour la santé

Alors que l’industrie de l’alcool est confrontée à une baisse inexorable de la consommation depuis plusieurs décennies[1], elle s’est organisée pour défendre une politique favorable au produit qu’elle commercialise. L’objectif est d’agir sur la perception des risques en réfutant le lien entre la consommation d’alcool, même en faible quantité, et l’apparition de maladies.

C’est ainsi que les représentants de la filière clament haut et fort leur volonté de lutter contre l’alcoolisme ou d’agir en prévention auprès de publics très spécifiques comme les femmes enceintes ou les conducteurs. En revanche, toute campagne visant à informer le grand public des risques sanitaires (campagnes de prévention de Santé publique France, Défi de janvier) est vivement critiquée, au plus haut niveau de l’Etat. Autre tactique, le détournement des chiffres publiés par Santé Publique France afin de minimiser la réalité des consommations en France qui, si elles baissent, restent à un niveau élevé en Europe.

Ces stratégies visant à instiller le doute sur une réalité scientifique, qui sont communes à d’autres secteurs comme l’énergie ou l’alimentation, se révèle efficaces : aujourd'hui seulement 11% des adultes perçoivent les risques liés à la consommation occasionnelle d’alcool et même un quart des Français pensent que boire un peu de vin diminue le risque de cancer.
Myriam Savy, directrice du plaidoyer à Addictions France

Geler les taxes à tout prix

Le pouvoir d’influence du lobby de l’alcool ne s’arrête pas là. En effet, en juin 2023, la filière alcool a réussi à rallier de nombreux parlementaires à sa cause, entraînant ainsi un revirement du Gouvernement qui s’était prononcé en faveur d’une augmentation des taxes sur l’alcool.

L’utilisation de la fiscalité pour réduire les consommations excessives est pourtant une approche peu coûteuse et très efficace. Les députés de la commission des Affaires sociales ont d’ailleurs reconnu que cette fiscalisée était mal utilisée en France. Ni ce constat ni les avertissements de l’OFDT concernant le coût social considérable de la consommation d’alcool, estimé à 102 milliards d’euros par an[2], n’ont convaincu le Gouvernement qui a finalement renoncé à augmenter de 3 centimes le prix d’une bouteille de vin.

Préserver la présence des marques sur les réseaux sociaux

En 2023, les représentants de l’industrie de l’alcool ont aussi réussi à garantir la présence des marques d’alcool sur les réseaux sociaux en investissant le débat autour de la loi sur les influenceurs. En faisant peser la menace d’un recours auprès du Conseil constitutionnel, ils ont obtenu un recul de la part du rapporteur du texte qui souhaitait, à l’origine, interdire la promotion de l’alcool sur ces plateformes par les influenceurs.

Le Salon de l’Agriculture sera sans nul doute l’occasion pour les représentants de l’industrie de l’alcool de s’entretenir avec les décideurs publics et de défendre leur New Deal du vin, présenté en décembre dernier avec un objectif clairement affiché : séduire les jeunes afin de conquérir de nouveaux marchés[3]. Avec la parution de ce rapport, Addictions France souhaite rappeler que la santé n’est pas un enjeu politique à reléguer au second plan, derrière les intérêts privés d’une filière dont le chiffre d’affaires est estimé à 22.82 milliards d’euros en 2022.  

[1] Selon le BEH publié en janvier 2024 par Santé Publique, entre 2017 et 2021, la consommation moyenne annuelle est passée de 11,7 à 10,5 litres d’alcool pur par habitant de 15 ans et plus.

[2] https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eisxpk2d7.pdf

[3] https://www.lemonde.fr/le-monde-passe-a-table/article/2024/02/24/la-filiere-vin-en-quete-de-solutions-pour-sortir-de-la-crise_6218375_6082232.html