Soifs mêle une narration personnelle, sensible et directe, à des éléments plus pratiques et réflexifs, pensés pour aider d’autres parents ou proches vivant des situations similaires. Au-delà du constat, Soifs s’inscrit dans une démarche de compréhension et de reconstruction, en abordant des thèmes actuels comme la santé mentale des jeunes, la culpabilité parentale, la solitude et l’importance du soutien collectif.

 

Cinq questions à l’auteure Paula Marchioni.

Qu’est-ce qui vous a donné l’élan d’écrire Soifs ?

L’envie d’écrire sur le parcours de mon fils et le mien est née de l’impossibilité de rester silencieuse face aux ravages de son addiction. Chaque épisode de son autodestruction me frappait de plein fouet : d’abord avec un sentiment d’impuissance totale face aux comportements induits par l’alcool, puis avec cette vigilance constante dictée par la peur d’une rechute.

L’écriture est devenue une béquille, au même titre que les groupes de parole et la thérapie. J’ai écrit pour moi, mais aussi pour les proches de personnes alcooliques, afin que cette souffrance ne reste pas enfermée dans la honte ou l’isolement. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi l’autobiographie sous pseudonyme : dire vrai tout en protégeant.

 

Comment l’addiction affecte-t-elle la dynamique familiale et votre rôle de parent ?

L’alcool n’est pas un problème individuel : c’est un phénomène familial et systémique. Il s’inscrit dans les liens d’attachement, influence les relations et révèle les fragilités ou les manques de repères. Mon fils est très sensible et doté d’un mental fort, mais il porte, comme chacun, ses fragilités. L’ivresse agit sur lui comme un apaisement, parfois plus que l’alcool lui-même. Ce qui devait le sécuriser et le réconforter, son « doudou », est devenu un facteur de destruction.

Pour ma part, j’ai dû accepter une réalité difficile pour une mère : je ne peux pas le changer, ni le sauver, je peux seulement être à ses côtés et agir sur moi. Comprendre cela m’a permis de dépasser la culpabilité et d’entendre enfin cette reconnaissance essentielle : « Vous êtes une bonne maman. »

 

Vous parlez aussi de votre propre reconstruction. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre l’intime et le témoignage utile aux autres ?

J’évoque mon propre parcours et je le questionne. Mon fils m’a offert, en m’entraînant dans ses gouffres, l’occasion de mon propre rétablissement. Le livre est construit comme un journal de bord, avec des chapitres courts et des allers-retours constants entre le présent et des flash-back parfois vieux de quinze ans. Cette forme rend la lecture plus légère, même lorsque le fond est lourd.

J’ai également beaucoup documenté le texte, en m’appuyant sur des études et des données, pour prendre de la distance et proposer une approche à 360°, à la fois intime et sociétale. L’écriture m’a permis de donner du sens à cette histoire, en croisant psychologie, philosophie et sociologie.

 

Votre livre paraît en plein Défi de Janvier. Quel tabou vouliez-vous mettre en lumière ?

Notre société entretient une profonde hypocrisie autour de la drogue licite qu’est l’alcool : accessible, bon marché, omniprésente dans les publicités et sur les réseaux sociaux, avec des degrés toujours plus élevés. Pourtant, ce sont souvent les familles, et en particulier les mères, qui sont culpabilisées. Cela entraîne une remise en question constante : qu’est-ce que j’ai raté ? On cherche une explication pour se rassurer.

L’addiction, en tant que maladie chronique, reste aussi encore largement taboue. Les groupes de parole m’ont pourtant montré que ces expériences sont universelles : on croit souvent être seul, mais il existe toujours un écho, une résonance dans les parcours des autres.

 

Ce récit s’adresse à celles et ceux qui cherchent un témoignage humain fort, capable de mettre des mots sur la souffrance tout en ouvrant des pistes d’espoir. Quel message souhaitez-vous laisser aux lecteurs ?

Demander de l’aide doit devenir naturel, que l’on soit proche ou addict : on ne s’en sort jamais seul. Il est essentiel de saisir les solutions disponibles. Pour mon fils, le sport a été un véritable moteur : se remettre en mouvement, mobiliser son corps et persévérer pour reprendre ses études malgré un parcours scolaire difficile marqué par le harcèlement. Il a également intégré un groupe de parole qui offre un précieux soutien mutuel.

Le sevrage n’est pas une fin en soi : il s’agit de réapprendre le goût de la vie, d’accepter la fragilité et d’apprendre à composer jour après jour avec résilience.

Au fond, le message est simple et profondément humain : retrouver confiance dans le lien et l’entraide, et se rappeler que, si chacun peut décider de s’en sortir, on n’y parvient jamais seul. Avec le temps et le soutien des autres, il est possible de retrouver un certain équilibre.