Comment accompagner des adolescents en situation de mal-être ou confrontés à des conduites à risque, notamment addictives ? Au cœur de cette mission, les Maisons des Adolescents jouent un rôle essentiel : accueillir, écouter, évaluer et orienter les jeunes de 11 à 25 ans, ainsi que leur entourage, dans un cadre bienveillant et pluridisciplinaire.

Dans le Cher, à Bourges, la Maison des Adolescents (MDA) portée par Addictions France s’inscrit pleinement dans cette dynamique territoriale, en lien étroit avec les acteurs éducatifs, sociaux et de santé. Elle propose également des dispositifs réactifs face aux situations de crise, ainsi que des temps de répit et d’accompagnement pour les jeunes et leurs familles.

C’est dans ce cadre que Jean-Baptiste Bonnet, éducateur spécialisé, développe une approche originale et encore méconnue avec son chien Chorizo : la médiation par l’animal, une ressource précieuse pour faciliter la relation, apaiser les tensions et soutenir l’expression des jeunes.

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a conduit à devenir éducateur spécialisé, puis médiateur par l’animal ?

J’ai un parcours assez atypique. J’ai d’abord fait 2 ans en STAPS, puis j’ai passé deux ans en gendarmerie. Ensuite, j’ai intégré un CHRS en emploi d’avenir, avec l’objectif de me former en tant qu’éducateur spécialisé. C’est dans ce contexte que j’ai découvert l’accompagnement social et la réinsertion.

J’ai rejoint Addictions France en juin 2019, à la Maison des Adolescents. Ce qui m’a attiré, c’est la diversité des missions et l’impact concret que l’on peut avoir auprès des jeunes.

La médiation par l’animal est venue plus tard, il y a environ trois ans, pendant la période du Covid. L’association a financé une formation certifiée Qualiopi, puis j’ai poursuivi avec l’ACACED pour travailler avec des chiens et des chats en contexte professionnel. Ensuite, il y a eu tout un travail de préparation administrative avec un vétérinaire avant de mettre en place les séances et d’accueillir Chorizo, notre chien médiateur, à la MDA.

 

Quel est votre rôle aujourd’hui à la Maison des Adolescents du Cher, et comment s’organise la prise en charge des jeunes ?

La Maison des Adolescents accueille les jeunes de 11 à 25 ans, mais aussi leur entourage et les professionnels qui les accompagnent. Il en existe une dans chaque département, avec des fonctionnements portés soit par des structures hospitalières, soit par des associations.

Notre rôle principal, c’est l’accueil, l’évaluation et l’orientation. On est une sorte de plateforme ressource à l’échelle du territoire. On travaille en lien étroit avec de nombreux partenaires : Éducation nationale, hôpital, médecins généralistes, travailleurs sociaux, mais aussi les familles.

À Bourges, on a aussi développé des dispositifs spécifiques pour accompagner les ados et les familles. Par exemple, un binôme peut intervenir rapidement pour évaluer une situation de crise en 72 heures, afin d’éviter une hospitalisation ou une intervention de la protection de l’enfance (dispositif Reflex). Il existe également des séjours courts de 4 à 5 jours sans hébergement pour offrir un temps de repos aux jeunes et travailler avec eux et leur famille sur des objectifs concrets (dispositif Repause).

On propose aussi des temps collectifs chaque semaine sur différentes thématiques, ainsi que des rendez-vous mensuels pour les adolescents autour de sujets comme l’image de soi ou la vie affective et sexuelle.

 

Quels types de problématiques rencontrez-vous le plus souvent, notamment en lien avec les addictions ?

Les problématiques sont très variées : mal-être, difficultés familiales, scolaires, relationnelles… Les addictions peuvent être présentes, mais ce n’est pas toujours le motif principal.

Quand c’est le cas, on oriente vers des structures spécialisées comme les CSAPA, tout en restant impliqués dans l’accompagnement global du jeune.

La Maison des Adolescents permet justement d’avoir une approche globale et de coordonner les différents acteurs. On est bien identifiés comme une ressource sur le territoire.

 

Comment la médiation par l’animal avec Chorizo s’est-elle développée dans votre pratique, et en quoi consiste cet accompagnement ?

Aujourd’hui, je travaille avec mon chien, Chorizo, qui est présent à 100 % avec moi. Il a été sélectionné dans un centre pédagogique pour son tempérament calme et sociable, puis formé pour s’adapter au cadre professionnel.

La médiation par l’animal peut être passive, simplement par sa présence, ou plus active. Dans ce cas, on travaille autour des émotions, des besoins, de la communication, en s’appuyant sur le comportement du chien.

Par exemple, on peut observer les signaux d’apaisement du chien et faire des liens avec les émotions humaines. On peut aussi proposer des mises en situation en groupe ou en famille, ou encore faire apprendre des nouveaux exercices au chien. Cela demande aux jeunes de coopérer, de réfléchir ensemble aux étapes, de la communication à la récompense.

 

En quoi la présence de l’animal facilite-t-elle la relation avec les jeunes ?

Chorizo est un véritable facilitateur. Dès l’accueil, il permet de créer du lien beaucoup plus rapidement. Le niveau de confiance monte plus vite, notamment lors des premiers entretiens.

Sa présence sécurise l’espace. Comme il ne parle pas, il permet une relation différente, plus spontanée. Cela peut faire écho à des sentiments de sécurité qui ne sont pas toujours conscients chez les jeunes, notamment chez ceux qui ont vécu des situations difficiles ou des psychotraumatismes.

On observe aussi que dans des entretiens compliqués, il peut aider à faire redescendre la pression, à apaiser les tensions.

 

Concrètement, comment se déroule une séance de médiation par l’animal ?

Une séance peut prendre différentes formes. Parfois, la présence du chien suffit à faciliter la parole. D’autres fois, on met en place des activités plus structurées.

On peut travailler sur les émotions, les besoins, la communication, ou encore sur les relations familiales à travers le lien au chien. En groupe, on peut proposer des exercices où les participants doivent coopérer pour faire apprendre quelque chose à l’animal.

L’idée, c’est toujours de partir du chien pour faire des liens avec les situations vécues par les jeunes.

Il arrive aussi que certaines personnes aient une appréhension des chiens. Dans ce cas, on respecte leur rythme et on adapte l’accompagnement. Mais souvent, la curiosité prend le dessus progressivement.

 

Quels bénéfices observez-vous, et avez-vous un exemple marquant ?

Les bénéfices sont multiples : un lien plus rapide, une parole plus facile, un apaisement global. On voit aussi des jeunes qui s’impliquent davantage dans les séances.

Un exemple marquant : un jour, une jeune fille était devant la MDA sans oser entrer. Chorizo est allé spontanément vers elle. Elle a finalement accepté de rentrer, à condition qu’il soit présent. Cela a permis de démarrer un entretien, puis de l’orienter vers une structure adaptée. Sans lui, elle n’aurait probablement pas franchi la porte. Il a vraiment joué un rôle de médiateur au sens plein du terme ! 😊