Dans la sphère du rugby, sur les terrains professionnels comme amateurs, des comportements inquiétants ont été observés ces dernières années, en lien avec une banalisation de l’usage de la cocaïne, perçu comme un booster de performance. Pour « tenir le choc », faire face à l’intensité des entraînements, ou encore prolonger l’ambiance festive des matchs lors des troisièmes mi-temps, des pratiques de consommation à risque peuvent se répandre.

 

Dans le Gers, terre de rugby, Coralie Filhos, chargée de formation et de prévention à Addictions France, anime des ateliers de prévention auprès des éducateurs et des joueurs des équipes gersoises pour sensibiliser à ce phénomène.

Pourquoi avoir mis en place des séances de sensibilisation dans les clubs de rugby du Gers ?

La mise en place de ces séances de sensibilisation répond à une nécessité croissante d’accompagner les clubs dans une démarche de prévention face aux conduites addictives. La consommation de produits psychoactifs, notamment la cocaïne, touche aussi le milieu sportif, professionnel et amateur. C’est dans ce contexte que le Comité Départemental de Rugby du Gers, sous l’impulsion de sa présidente, a sollicité Addictions France pour intervenir dans les clubs du département. L’objectif initial était de former les éducateurs et formateurs des équipes féminines et seniors, puis d’élargir cette sensibilisation aux jeunes joueurs du Pôle M19-M16 et à l’équipe départementale. Ces interventions se sont révélées stimulantes, ouvrant la voie à un dialogue important sur des sujets encore trop souvent tabous.

Quels sont les objectifs ?

L’objectif principal est double : prévenir les risques liés aux consommations de substances psychoactives (comme la cocaïne, l’alcool ou le cannabis), et ouvrir un espace de parole pour encourager les éducateurs et les jeunes à s’interroger sur leurs pratiques dans un environnement marqué par certaines normes culturelles de tolérance vis-à-vis de l’expérimentation de ces produits. Il s’agit de faire émerger une culture de la prévention dans le monde du rugby, en donnant aux acteurs de terrain des outils concrets et des ressources pour agir et/ou orienter. Les éducateurs formés deviennent ainsi relais de ces messages auprès des jeunes sportifs. L’idée est de poser un premier jalon dans un projet plus vaste, qui vise à intégrer durablement la prévention dans la vie des clubs.

Quels messages souhaitez-vous faire passer ?

Nous insistons particulièrement sur les effets recherchés de certains produits – comme la cocaïne, souvent perçue comme un « booster » de performance ou un antidouleur permettant d’encaisser les coups ou de tenir un rythme d’entraînement soutenu. Ces consommations présentent des risques immédiats et à long terme (violence sur et en dehors du terrain, risques cardiovasculaires…) et il faut déconstruire certaines idées reçues. À travers des mises en situation concrètes, des échanges interactifs, nous abordons aussi les questions liées à l’alcool (par exemple, lors des déplacements ou des troisièmes mi-temps), et les responsabilités individuelles et collectives que cela implique dans un contexte d’accueil de mineurs. L’objectif est d’amener les jeunes, les éducateurs et les clubs à se questionner, à mieux comprendre les risques, et à envisager d’autres manières de vivre le collectif et la fête dans le sport.

Photo : Facebook Comité départemental de Rugby Gers