Sujet d’actualité majeur, les violences faites aux femmes ont fait l’objet en 2019 d’un Grenelle organisé par le Gouvernement. A cette occasion, les acteurs du milieu de l’addictologie avaient regretté l’absence de la thématique alcool dans le débat, alors qu’il est reconnu qu’il est « une cause majeure des violences envers les femmes ». Le plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 en faisait d’ailleurs le constat : « l’Inserm et l’OFDT ont démontré qu’une consommation abusive d’alcool augmentait les risques de violences conjugales, la gravité de certains crimes ou délits, notamment les agressions sexuelles, […]. »

A savoir :

  • En 2019, sur 173 féminicides, 32% auteurs ou victimes étaient sous l’emprise d’une substance (alcool, stupéfiants, etc.)[1].

 

Addictions et violences conjugales : des liens étroits

Les liens entre addictions et violences conjugales sont pluriels car les addictions sont à la fois une cause : une porte d’entrée vers la violence pour les auteurs, et une conséquence : une échappatoire pour les victimes qui supportent des violences quotidiennes ou ont subi des violences intra-familiales dans le passé.

Charline Dumas explique dans sa thèse intitulée « Exploration des liens entre addictions et victimes de violences conjugales : réalisation d’une enquête qualitative dans l’Allier » que les victimes « [ont] recours à l’usage de substances actives […] pour gérer le psycho-traumatisme : il s’agit alors de parvenir à oublier les souvenirs qui surgissent sans prévenir et anesthésier les émotions ».

Déclencheur ou conséquence, les addictions entretiennent des liens étroits avec les violences conjugales. Ainsi, le rôle des professionnels de santé, sociaux et médico-sociaux, est essentiel dans le repérage des femmes victimes et leur prise en charge.

 

Quel rôle pour les professionnels de l’addictologie ?

A l’issue du Grenelle des violences conjugales, plusieurs mesures ont été annoncées pour renforcer la protection des femmes victimes et assurer la prise en charge des auteurs. Dans le cadre de la mesure 23, la Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes (MIPROF) a mis en place des référents « violences faites aux femmes » dans les structures d’addictologie (CSAPA et CAARUD). L’objectif est de sensibiliser les professionnels et de créer des liens avec les partenaires qui agissent sur ces questions.

En Centre Val-de-Loire, Addictions France s’est mobilisée sur cette question dès 2012 dans le cadre d’un projet « Addictions au féminin » qui a montré l’importance de prendre en compte la question des violences subies dans le parcours des femmes en difficulté avec des addictions. Pour les accompagner au mieux, ainsi que leurs enfants, un protocole d’accueil des femmes et des enfants victimes de violences intrafamiliales a été créé.

Selon Nathalie Verne, directrice d’établissement d’Addictions France dans le Cher, « agir sur la question des violences intrafamiliales et addictions consiste à travailler avec les auteurs et les victimes, souvent des femmes et parfois des enfants, toujours a minima exposés. Il s’agit pour ces derniers de leur proposer un espace de mise en mot des évènements et d’évaluer le risque psycho traumatique afin d’intervenir précocement pour en limiter l’impact dans leur devenir d’adulte. ».

A cette réponse individuelle et familiale, le centre de Bourges propose par exemple des ateliers « Les petits chefs de la prévention » qui permettent de sensibiliser les enfants et de faciliter l’accès aux soins pour les mères qui font souvent passer leur santé au second plan et peinent à trouver du temps libre pour consulter.

Dans le Cher, les professionnels sont formés pour accueillir les victimes de violences, assurer leur prise en charge et les orienter vers les structures adaptées. En octobre 2021, ils ont pu partager leur expérience lors d’une journée de formation nationale pour les référents « violences faites aux femmes » organisée par la MIPROF.

Cette formation vise à :

  • Mieux comprendre les mécanismes de violences et l’emprise
  • Améliorer le repérage à travers un questionnement systématique
  • Savoir comment accompagner les victimes dans leur parcours et leurs démarches
  • Orienter vers les partenaires

 

Tisser des liens avec les structures d’aide aux victimes

Addictions France travaille de concert avec un réseau de partenaires sur ces questions dans le Cher. « Concrètement, les personnes orientées par nos partenaires sont des femmes chez qui ils ont identifié une problématique de codépendance* avec leur conjoint ou pour lesquelles le contexte d’addictions est présent » explique Nathalie Verne.

Parmi les personnes déjà accompagnées par l’association, les professionnels décèlent des parcours de vie marqués par des violences intra-familiales, causes d’un traumatisme, qui ont eu lieu dans l’enfance ou sont en cours. « Cette question se vérifie d’ailleurs tant pour les femmes et les hommes que nous accompagnons dans notre centre de soin » ajoute Nathalie Verne.

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*Codépendance :  État de dépendance affective d’une personne à un proche qui souffre lui-même de dépendance à une substance (alcoolisme, toxicomanie…).

[1] Etude relative aux morts violentes au sein du couple en 2019

 

En savoir plus

Fiche Repères Violences conjugales et addictions