Photo : protoxyde d'azote

Coordonné par Virginie Tintinger, cheffe de service prévention et formation, et des chargées de prévention et formation régionaux, dont Alicia Deprecq, ce dispositif vise trois objectifs :

  • mieux comprendre les pratiques des adolescents,
  • ouvrir le dialogue,
  • renforcer leurs compétences psychosociales dans un cadre de Réduction des Risques et des Dommages (RDRD). 

 

 

Un projet qui associe accompagnement des professionnels et interventions auprès des jeunes 

Dès 2018 un module de e-learning consacré au protoxyde d’azote a été conçu par l’équipe afin de renforcer les connaissances des agents des mairies et leur permettre de mener des actions de prévention auprès des habitants.  

Le dispositif actuel est cofinancé par la MILDECA et la Direction interrégionale de la PJJ des Hauts-de-France, qui reconnait son utilité pour le public accompagné. Il repose sur un partenariat étroit avec les équipes éducatives et prévoit un cycle de trois séances travers lesquelles les professionnels bénéficient d’un accompagnement, de temps de formation et d’outils pédagogiques pour aborder la question des consommations avec l’accord de l’ARS Hauts-de-France. 

« L’idée est d’accompagner les professionnels tout en intervenant directement auprès des jeunes. On crée ainsi une continuité dans le travail de prévention et dans l’accompagnement éducatif », explique Virginie Tintinger, cheffe de service prévention et formation chez Addictions France Hauts-de-France. 

Depuis 2023, plusieurs établissements de la PJJ participent au dispositif. Sur la période 2024-2025, sept établissements ont bénéficié de quatre interventions chacun. Deux nouveaux établissements rejoignent le programme en 2026. Les structures sont mobilisées sur la base du volontariat par la direction de la PJJ, avec une volonté d’assurer un accès équilibré au dispositif dans toute la région, à raison d’un à deux établissements par département. 

Les jeunes concernés, âgés de 13 à 18 ans, sont accueillis en hébergement, en unité de jour ou en milieu ouvert. Les séances abordent les « nouvelles consommations » de manière globale, notamment les produits de synthèse comme le PTC ou le « Buddha Blue », parfois associés à d’autres usages tels que la cigarette électronique. Dans ces contextes, les questions de réduction des risques sont centrales, d’autant que beaucoup de ces adolescents présentent déjà des consommations importantes de tabac ou un mal-être marqué. 

Les interventions visent à améliorer la connaissance des produits, leurs effets, leurs bénéfices perçus, tout en ouvrant un espace de dialogue. L’objectif est que ces échanges puissent être repris par les équipes éducatives et intégrés aux projets d’accompagnement individuels des jeunes. 

Dans certains territoires, comme à Amiens, le travail s’étend aussi à l’accompagnement des équipes pour développer une culture commune autour de l’addictologie. Cela peut notamment aider les professionnels à mieux prendre en compte les consommations dans le suivi éducatif ou dans les rapports adressés aux magistrats. 

 

Le protoxyde d’azote (N2O) est un gaz chimique utilisé depuis longtemps dans différents domaines : 

  • en médecine, comme gaz anesthésiant et antalgique (le « gaz hilarant »)
  • dans l’industrie alimentaire, notamment dans les cartouches pour siphons à chantilly
  • dans certains usages techniques (aérosols, moteurs, etc.)

Son détournement à des fins récréatives s’est fortement développé depuis la fin de années 2020, en particulier chez les adolescents et jeunes adultes. Cette diffusion s’explique par un accès facile, notamment sur internet, un coût faible et des effets rapides mais très courts, qui peuvent donner une impression de produit peu dangereux, malgré des risques réels pour la santé.

 

Développer les compétences psychosociales des adolescents 

Si les séances abordent les produits et leurs effets, l’approche ne se limite pas à une simple transmission d’informations. Les animations reposent sur une pédagogie interactive visant à renforcer les compétences psychosociales (CPS) des adolescents : capacité à faire des choix, esprit critique, affirmation de soi ou encore gestion de l’influence du groupe. 

« Notre approche, au-delà de l’information sur les produits, consiste à travailler sur les ressources des jeunes et sur le développement de compétences qui leur permettront de faire faire face à diverses situations. Les animations sont très interactives pour que chacun puisse s’exprimer et prendre sa place », souligne Alicia Deprecq, chargée de projet prévention-formation. 

Les activités proposées invitent les adolescents à réfléchir à la notion de risque et à leur propre perception. Par exemple, certains exercices consistent à se positionner physiquement dans la salle pour faire un choix, entre deux artistes ou deux situations, puis à argumenter son point de vue. D’autres activités les amènent à évaluer le niveau de risque de différentes situations du quotidien, comme conduire un scooter sans casque ou sortir avec des inconnus. 

Les jeunes travaillent également à partir d’affirmations liées aux consommations, auxquelles ils doivent réagir : « Je fume un pétard pour me détendre avant de dormir » ou encore « Ma sœur fume un pétard ». L’objectif est de replacer les pratiques dans un contexte, de questionner les normes sociales et de comprendre l’influence de l’environnement. 

Dans ces échanges, les adolescents évoquent souvent spontanément leurs propres consommations. La première étape consiste alors à instaurer un climat de confiance, et à dépasser les résistances. 

« On constate que certains jeunes ont tendance à normaliser les produits ou à se situer dans des limites qu’ils jugent acceptables », observe Alicia Deprecq 

Les séances abordent également les effets physiologiques du protoxyde d’azote. Les jeunes découvrent notamment que ce gaz peut empêcher la vitamine B12 de se fixer dans l’organisme, ce qui peut entraîner des atteintes neurologiques et des troubles de l’équilibre. L’objectif est de leur permettre de comprendre concrètement les effets d’une consommation, souvent perçue comme anodine. 

En encourageant les adolescents à réfléchir à leurs choix et à leurs ressources personnelles, les intervenants travaillent sur la réduction des risques et des dommages pour soi et pour les autres. Ces exercices contribuent à renforcer l’estime de soi et l’attention portée à sa santé. 

Pour les professionnels des établissements qui participent aux animations.l’enjeu est notamment de dépasser une approche uniquement centrée sur la sanction pour favoriser l’échange et l’accompagnement. 

Les résultats d’évaluation du programme sont aujourd’hui très encourageants. Pour les équipes d’Addictions France, ce modèle pourrait à l’avenir être adapté à d’autres thématiques de prévention.