Ce dimanche 19 juillet s’est clôturée la Coupe du Monde de football 2026 après plus d’un mois de compétition, ayant vu l’Espagne remporter une deuxième étoile. Au-delà des polémiques liées à l’aspect sportif et organisationnel, cette coupe du monde a vu l’avènement d’une autre catégorie de vainqueurs : les opérateurs de paris sportifs.
Malgré les avertissements, un record de mises enregistré
Les grandes compétitions sportives se succèdent et les records en matière de paris sportifs aussi. Selon l’ANJ1, la Coupe du monde 2026 a encore conduit à l’explosion des mises en ligne : plus de 1,3 milliard d’euros ont été misés, soit plus du double de l’édition 2022 (597 M€). Près de 3,1 millions de joueurs ont parié pour un total de 113 millions de paris enregistrés (soit une progression de plus de 40% du bassin de parieurs et un doublement du nombre de paris). La demi-finale France-Espagne est devenue le match le plus parié depuis l’ouverture du marché en 2010, avec 63 millions d’euros de mises.
Cette croissance exponentielle du marché des paris sportifs est le résultat d’une stratégie marketing intensive : les opérateurs avaient prévu d’augmenter de 25 % leurs dépenses promotionnelles en 2026, soit 785 M€. Si on a beaucoup parlé de l’absence de publicité à la TV pendant les « pauses fraicheurs », les publicités n’en ont pas été moins très présentes : près d’une dizaine de communications commerciales par les opérateurs de paris sportifs entre 30 minutes avant le match et 30 minutes après le match.
Addictions France publiera en septembre son rapport détaillé sur ces pratiques marketing.
Derrière ces records, le bilan apparaît toutefois plus que mitigé pour les parieurs : à peine un quart des participants ont terminé la compétition sans pertes financières. Ces chiffres renforcent les interrogations sur les effets de l’intensification des paris sportifs et de leur promotion durant les grands événements sportifs.
A quand une prise de conscience des risques ?
Alors que les chiffres de la Coupe du monde montre l’enjeu sanitaire derrière la pratique du pari (l’ANJ estime 600 000 le nombre de joueurs excessifs), les parlementaires viennent de bloquer l’adoption d’une mesure visant à limiter la publicité à la TV. Ce « whistle‑to‑whistle ban », qui vise à interdire toute publicité sur les jeux d’argent juste avant, pendant et après les retransmissions sportives2, était soutenu par l’ANJ et par 3plusieurs parlementaires et universitaires4. Bien qu’adoptée à l’Assemblée nationale, les parlementaires réunis en commission mixte paritaire l’ont supprimée.
Alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le matraquage publicitaire, en premier lieu les parents de jeunes enfants, le Gouvernement et les parlementaires doivent ouvrir les yeux et ne plus céder aux arguments des opérateurs économiques. Mieux encadrer la publicité pour les paris sportifs est plus que jamais une exigence de santé publique.
Les paris sportifs : un risque réel d'addictions
Le rapport « Carton Rouge » d’Addictions France publié en septembre 2025 avait rappelé que les paris sportifs étaient très présents en France et notamment chez les plus jeunes. Depuis 5 ans, le volume total des mises des paris sportifs a été multiplié par près de 3[1], pour environ 24 millions de joueurs en 2025, soit près de 3 millions de plus qu’en 2022, et 350000 joueurs au quotidien. Concernant la publicité de ces paris, 5 opérateurs se partagent 82% des investissements marketing en 2025.
Cependant, et comme le rappelait le rapport « Carton Rouge », les paris sportifs comportent un certain nombre de risques d’addictions et des chiffres particulièrement éloquents le montrent :
- 63 % du PBJ des paris sportifs provient de joueurs addicts ou en perte de contrôle.
- Seuls 1 % des parieurs gagnent plus de 1 000 € par an.
- 31 % des parieurs déclarent avoir joué plus que prévu après exposition publicitaire.
- 1 jeune « vulnérabilisé » sur 2 reconnaît être endetté à cause du jeu.
- Près d’1 sur 3 a eu des pensées suicidaires liées au jeu.
- 1 jeune « vulnérabilisé » sur 2 reconnaît être endetté à cause du jeu.
- Près d’1 sur 3 a eu des pensées suicidaires liées au jeu.
Au-delà d’Addictions France, les Français sont nombreux à s’inquiéter de cette croissance exponentielle des paris sportifs dans l’espace public : 88 % des Français pensent que la publicité augmente les risques d’addiction, quand 80 % estiment qu’elle entretient l’illusion de l’argent facile.
Comme 72% des Français, Addictions France milite pour un encadrement plus strict des paris sportifs et propose une « Loi Evin sur les jeux d’argent ». Il s’agit notamment :
- Réduire voire interdire la publicité des paris sportifs à la télévision et à la radio, notamment durant les compétitions sportives, sur les réseaux sociaux, au cinéma et sur les sites internet, or ceux des opérateurs agréés
- Interdire le sponsoring et le parrainage dans le cadre de compétition sportive professionnelle par les opérateurs de jeux d’argent
- Interdire la publicité autour de certains établissements (écoles, universités, centres sportifs, centres de santé)
- Interdire toute gratifications financières et autres pratiques commerciales intrusives.
[1] : Autorité nationale des jeux (ANJ), « Coupe du Monde de Football 2026 et paris sportifs en ligne : d…