À l’occasion de la Coupe du monde, Addictions France lance une campagne d’interpellation pour dénoncer l’omniprésence du marketing des paris sportifs et ses conséquences néfastes sur la population. Dans un contexte où les incitations à parier sont partout, à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans l’espace public, Addictions France alerte sur l’urgence de protéger les publics. 

« Vous accepteriez un match dans ces conditions ? »

La campagne met en scène un face-à-face déséquilibré. La réalité des paris sportifs est en effet bien documentée : dans les paris sportifs, les chances de gagner sont structurellement limitées pour les joueurs.
 
En 2025, près de 4,8 millions d’euros ont été perdus chaque jour dans les paris sportifs. Derrière l’apparente simplicité du jeu, le système économique repose sur les pertes des joueurs, en particulier des plus vulnérables.

Un environnement qui pousse à jouer

Pendant les grandes compétitions, la pression marketing atteint un niveau inédit. Les opérateurs de paris sportifs investissent massivement pour capter l’attention et rende le pari indissociable du sport. Cette exposition constante contribue à banaliser les pratiques et à toucher des publics toujours plus jeunes. Certains enfants identifient très tôt les marques de paris et associent spontanément sport et jeu d’argent.
 
Pour Addictions France, cette situation pose un enjeu majeur de santé publique : les comportements d’addiction ne peuvent pas être réduits à des choix individuels. Ils s’inscrivent dans un environnement fortement incitatif.
 
Ce constat est partagé par des personnes concernées par les pratiques de jeu :
 

« Les paris sportifs sont aujourd’hui non seulement encouragés, mais aussi largement banalisés. Ce qui les rend séduisants, c’est avant tout la promesse : gagner de l’argent. À la différence de produits comme le tabac ou l’alcool, on ne voit plus aujourd’hui de publicité sur les maillots de joueurs de football. Pour les paris sportifs, c’est l’inverse : leur présence massive dans l’univers du sport les rend presque naturels, voire évidents. Une campagne de prévention pourrait avoir un réel impact si les jeux d’argent étaient associés à une image plus négative, en rendant visibles des risques concrets. Les messages actuels, centrés sur le surendettement ou l’isolement, ne me semblent pas toujours convaincants. Au fond, l’efficacité de la prévention repose sur l’image globale renvoyée au public. Aujourd’hui, cette image est largement positive, et elle est en grande partie façonnée par les stratégies marketing des opérateurs de jeux. »

 

Agir sur l’environnement, pas seulement sur les individus

À travers cette campagne, Addictions France défend une approche globale, qui ne repose pas  sur la responsabilisation des joueurs, mais aussi sur un meilleur encadrement des pratiques des opérateurs. L’association soutient les initiatives visant à limiter la pression publicitaire, notamment la proposition de loi portée par le député Emmanuel Duplessy pour renforcer la régulation du marketing des paris sportifs.

 

Changer les règles du jeu

Avec cette campagne, Addictions France invite à changer de regard : la prévention ce n’est pas seulement parler de comportements individuels, c’est interroger un système qui favorise les comportements à risques et les addictions. Face à la banalisation des paris et à leur omniprésence, il devient urgent de remettre au cœur du débat la protection de la santé publique.