Addictions France, à travers l’expertise de l’addictologue Alain Rigaud, président d’honneur de l’association, alerte sur les risques associés à cette dynamique de perte de contrôle dans la pratique des paris sportifs, associés à la multiplication des opportunités de jeu, des stratégies marketing intensives et l’exposition accrue de publics vulnérables.

L’addiction résulte de la rencontre entre une personne, un produit (ou un comportement) et un environnement. Pour les paris sportifs : 

  • La personne : facteurs individuels comme l’impulsivité, la recherche de sensations, le stress, l’anxiété, les difficultés financières ou une vulnérabilité aux addictions.
  • Le produit (les paris sportifs) : caractéristiques qui favorisent l’engagement, comme les gains potentiels, les récompenses aléatoires, les paris en direct, les bonus ou la facilité d’accès sur smartphone.
  • L’environnement : publicité, omniprésence des plateformes de paris, événements sportifs médiatisés, normes sociales et accessibilité des applications.

Une dynamique de marché amplifiée par l’événement sportif et la transformation de l’offre 

Lors des grandes compétitions internationales, et en particulier la Coupe du monde de football, la pratique des paris sportifs s’intensifie. À l’issue de la phase de groupes, les mises atteignaient déjà 650 millions d’euros en France, un niveau record pour cette étape du tournoi. 

Cette dynamique ne peut être réduite à une simple évolution des comportements individuels. Elle s’inscrit dans un contexte de transformation structurelle de l’offre, marqué par la digitalisation des pratiques et la multiplication des opportunités de jeu. 

Comme le souligne le Dr Alain Rigaud, « Ça veut surtout dire que la Coupe du monde de football est un événement festif planétaire très attractif qui offre aux parieurs une grande occasion et surtout de nombreuses occasions successives de parier. » 

Le développement des plateformes en ligne a profondément modifié les modalités d’accès aux paris sportifs. Il ne s’agit plus seulement de miser sur le résultat final d’un match, mais de pouvoir intervenir tout au long de son déroulement, via des formats de paris en direct. À cela s’ajoute une intensification des stratégies de communication des opérateurs. Les investissements publicitaires atteignent des niveaux particulièrement élevés, avec 785 millions d’euros de dépenses de promotion en 2026 en France, soit une hausse de 25 % par rapport à 2025, dans la perspective de l’événement. 


Une exposition accrue dans un contexte social et économique fragilisé 

Si les volumes de mises augmentent, cela ne signifie pas mécaniquement une augmentation des situations d’addiction. Pour Alain Rigaud, il faut distinguer l’évolution des usages de celle des conduites problématiques : « Les Français ne sont globalement pas plus « accros », mais dans une période marquée par l’incertitude économique et sociale, où les fins de mois peuvent être difficiles et pesantes, et alors que l’offre de paris autour d’un sport populaire s’est fortement multipliée pour répondre à un besoin croissant de distraction et d’évasion, la tentation de parier peut augmenter chez certaines personnes. » 

Dans ce contexte, les pratiques de jeu s’inscrivent dans des trajectoires individuelles marquées par des vulnérabilités sociales, économiques ou psychologiques. Les stratégies marketing ciblent particulièrement les parieurs ayant une pratique dite « excessive », qui représenteraient environ 15 % des joueurs mais près de 60 % du chiffre d’affaires du secteur selon l’ANJ. 

Les jeunes constituent également un public fortement exposé, notamment via les réseaux sociaux, les dispositifs de sponsoring et les contenus liés aux compétitions sportives. 


Du jeu récréatif à la perte de contrôle : un processus progressif et multifactoriel 

L’entrée dans les paris sportifs se fait le plus souvent sur un mode récréatif, particulièrement lors des grands événements sportifs. 

Comme le rappelle Alain Rigaud : « Un mois est suffisant pour prendre goût aux paris sportifs chez qui les découvre, pour offrir des expériences récréatives qui permettent de s’évader du quotidien. » 

Cependant, le passage vers des pratiques problématiques ne dépend pas uniquement de la durée d’exposition à un événement comme la Coupe du monde. Il résulte d’une combinaison de facteurs individuels (anxiété, impulsivité, faible estime de soi, dépressivité) et d’événements de vie fragilisants (difficultés financières, séparation, chômage, conflits familiaux). Les paris sportifs peuvent alors remplir devenir un moyen d’échapper aux difficultés de réguler ses émotions, favorisant une pratique de jeu excessive et une augmentation des risques associés.  

Les expériences de gain contribuent également à renforcer ce phénomène : « Le parieur pourra croire à sa « chance », à sa « bonne étoile », ce qui viendra renforcer ses envies de jouer et espoirs de gagner. ». Cette expérience amène les parieurs à poursuivre les paris, malgré les expériences de pertes. 

Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé, l’addiction se caractérise par une perte de contrôle, la poursuite du comportement malgré les conséquences négatives, et une souffrance associée, qu’elle soit vécue par la personne ou par son entourage. Les premiers signes d’alerte concernent notamment :  

  • l’augmentation de la fréquence et des montants misés,  
  • la diversification des jeux,  
  • et l’extension du temps consacré aux paris au détriment d’autres activités 

Dans de nombreux cas, l’entourage joue un rôle central dans l’identification des situations problématiques. 

Pour aller plus loin