Une mesure centrée sur le contrôle

La circulaire du Premier ministre souligne, à juste titre, que la consommation de stupéfiants, même occasionnelle et dans un cadre privé, peut constituer une vulnérabilité susceptible d’être exploitée par des réseaux criminels. Mais c’est l’exemplarité qui constitue le principal argument avancé pour justifier la mesure : l’État « ne peut prétendre lutter contre le narcotrafic sans s’appliquer à lui-même les exigences qu’il impose à la société ».

Derrière cet objectif de lutte contre le narcotrafic se dessine donc toujours une logique de responsabilité individuelle et de culpabilisation des consommateurs, régulièrement dénoncée par Addictions France. La consommation et la détention de stupéfiants étant pénalement répréhensibles, les agents publics contrôlés positifs pourraient faire l’objet de sanctions, voire d’un signalement à la justice. « Il en ira de même en cas de refus de se soumettre à ces tests » précise la circulaire. Or, comme le rappellent notamment les Nations Unies, la répression des consommateurs ne constitue pas une réponse suffisante pour endiguer le trafic de drogues.

Le dépistage, s’il constitue un outil de détection, ne permet pas de répondre aux mécanismes d’addiction, qui sont complexes et multifactoriels. Les hauts fonctionnaires et membres des cabinets ministériels, pour ceux qui consomment des drogues illicites, sont des consommateurs comme les autres : une approche centrée sur la sanction individuelle risque de les stigmatiser et de fragiliser leur prise en charge .

Cadences, stress, poids des responsabilités : des facteurs qui favorisent les addictions

Une approche centrée uniquement sur les comportements individuels occulte par ailleurs une dimension essentielle en matière de prévention, qui implique d'interroger l'organisation du travail, la charge mentale et les modes de fonctionnement des institutions, en particulier au sein des cabinets ministériels. Les consommations de substances psychoactives sont en effet largement favorisées par des conditions de travail particulièrement exigeantes. Les rythmes de travail intensifs, le stress permanent, le poids des responsabilités exercées ainsi que l'incertitude liée à certains emplois fonctionnels, notamment dans les cabinets ministériels, constituent autant de facteurs susceptibles de conduire à la consommation de substances psychoactives (drogues mais aussi tabac et alcool) pour tenir le rythme et gérer le stress.

C’est précisément pour inscrire l’action dans une logique plus globale que s’inscrivent les interventions d'Addictions France, engagée depuis plusieurs décennies dans la prévention et l’accompagnement des conduites addictives, notamment en milieu professionnel à travers son organisme de formation certifié.

L’association accompagne les différents acteurs dans la construction de démarches globales de prévention, depuis le recueil des besoins, le repérage de situation de vulnérabilité et l’analyse des attentes jusqu’à la réalisation d’un diagnostic de terrain. Ce travail s’appuie sur des apports théoriques, la mise à disposition d’outils adaptés, des actions de formation et de sensibilisation, ainsi que sur l’élaboration de plans d’action construits au plus près des réalités des structures, dans une logique non stigmatisante et de soutien.

Addictions France se tient donc disponible pour accompagner les différents ministères et leurs administrations dans la mise en place de démarches globales, alliant prévention, repérage précoce et orientation vers les soins. Ce n’est qu’en mettant en place ce type de démarche que le Gouvernement passera d’une logique d’affichage à une volonté résolue de protéger celles et ceux qui la servent au quotidien.