Rejet du « whistle-to-whistle ban » : un manque de courage politique face au lobbying des opérateurs de jeux
En pleine Coupe du Monde de Football, et alors qu’il est impossible d’échapper à la publicité pour les paris sportifs, les parlementaires de la Commission Mixte Paritaire (CMP) sur la PPL pour le financement du sport professionnel ont supprimé la mesure dite du « whistle-to-whistle ban »¹. Cette mesure avait été adoptée par l’Assemblée nationale le 29 juin dernier. Addictions France dénonce un manque de courage politique pour imposer une mesure de protection des plus jeunes.
Cette décision intervient alors même que les données disponibles démontrent le rôle central de la publicité dans l’incitation aux paris sportifs : selon les derniers chiffres de l’ANJ², 62 % des joueurs déclarent avoir déjà parié sous l’influence de la publicité, tandis que 86 % des joueurs réguliers affirment avoir eu envie de parier après y avoir été exposés. Près de huit jeunes de 15 à 17 ans sur dix déclarent par ailleurs avoir déjà vu une publicité pour les jeux d’argent, et 67% des moins de 25 ans disent avoir déjà eu le sentiment de perdre le contrôle. Aujourd’hui, selon l’Autorité nationale des jeux, environ 600 000 joueurs présentent une forte probabilité de jeu excessif.
En refusant d’agir sur l’un des principaux vecteurs de banalisation des paris sportifs, le législateur laisse perdurer une exposition massive des mineurs et des publics vulnérables à des messages publicitaires dont les effets sont aujourd’hui largement documentés.
Cette décision ne doit toutefois pas mettre un terme au débat. Nous appelons le Gouvernement et les parlementaires à mieux résister aux arguments des opérateurs de jeu et à soutenir la proposition de loi d’Emmanuel Duplessy visant à encadrer la publicité des paris sportifs. Car contrairement à ce que veulent faire croire les opérateurs, leur souci n’est pas de prévenir le jeu excessif mais au contraire de l’encourager : on sait de manière établie que 60 % du produit brut des jeux (qui correspond à leur chiffre d’affaires) provient des joueurs en situation de perte de contrôle ou d’addiction.
Le rejet du whistle-to-whistle ban constitue une occasion manquée. Mais la nécessité de mieux encadrer la publicité pour les paris sportifs demeure plus que jamais une exigence de santé publique.
¹ Interdiction de la publicité pour les paris sportifs à la TV 5 minutes avant, pendant et 5 minutes après les retransmissions sportives
² « Zone à risques » : la nouvelle campagne de l’Autorité nationale des jeux sur les risques d’addiction aux paris sportifs : https://anj.fr/zone-risques-la-nouvelle-campagne-de-lautorite-nationale-des-jeux-2026
En trois matchs, 21 publicités pour les paris sportifs
Pendant la Coupe du monde, par exemple, un jeune de 14 ans qui aurait regardé les trois matchs de la France dans la phase de groupes a été exposé à 21 publicités pour les paris sportifs sur la diffusion gratuite de M6[1]. Un chiffre scandaleux si l’on sait que plus un individu est exposé aux incitations au jeu, plus il devient réceptif aux publicités et plus sa pratique des paris s’intensifie[2]. Lors de ces matchs, 21 fois un jeune mineur a été invité à parier alors qu’il souhaitait soutenir l’équipe nationale. 21 fois on lui a insinué que le pari est une pratique banale alors qu’il voulait regarder la compétition la plus importante de son sport préféré. Et ce sans compter le parrainage de l’émission précédente, du match lui-même et de l’émission d’après-match.
[1] Ce chiffre comprend les publicités diffusées 30 minutes avant, durant et 30 minutes après les matchs, puisque ces émissions sont aussi sur la thématique de la Coupe du monde.
[2]Tessier, S. (2023) « Les effets d’influence des campagnes publicitaires et préventives sur les joueurs de hasard et d’argent et les variables psychologiques modératrices associées ».
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À propos d’Addictions France :
Reconnue d’utilité publique et agréée d’éducation populaire, Association Addictions France est un acteur majeur et historique de la santé publique fondé en 1872 par Louis Pasteur et Claude Bernard. L’association agit au plus près des populations et intervient sur toutes les addictions (tabac, alcool, cannabis, médicaments psychotropes, pratiques de jeux excessives, drogues illicites et autres addictions sans substance). Elle est également force de proposition pour faire évoluer les opinions et contribuer à la mise en place d’une politique cohérente sur les addictions.
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