Rapport réseaux sociaux - Addictions France

Si l’addiction aux réseaux sociaux n’est pas reconnue par l’OMS en tant que telle (à la différence des addictions aux jeux vidéo et aux jeux d’argent), les recherches (OMS, INSERM, ORS…) mettent en avant les effets des écrans et/ou des réseaux sociaux sur la santé physique et mentale des utilisateurs, mais également sur les relations intrafamiliales. D’après l’INSEE, en 2023 un tiers des internautes de 15 à 74 ans déclaraient ressentir au moins un effet néfaste lié à l’usage des écrans dans la vie courante, en dehors du temps d’étude ou de travail. Ce taux s’élevait à 57% chez les moins de 20 ans et 49% chez les 20-34 ans. 

Addictions France prend le parti de distinguer le terme “réseaux sociaux” des “écrans”, trop englobant. Se positionner sur les plateformes, et plus particulièrement les « très grandes plateformes“ telles que définies par le Digital Service Act (DSA) permet de construire un plaidoyer davantage socio-économique et politique, moins porté sur la culpabilisation (inefficace) des parents ou des adolescents. 

Les réseaux sociaux sont en effet pensés pour accroitre et amplifier la durée d’utilisation des usagers via des algorithmes et mécanismes addictogènes, notamment conçus pour toucher les plus jeunes. Leur objectif parallèle reste de récolter le plus de données personnelles à des fins commerciales, au détriment de la santé des utilisateurs, profitant de cadres réglementaires relativement permissifs dans la plupart des pays du monde.  

La publication en avril 2024 du rapport de la commission Enfants et écrans – A la recherche du temps perducoprésidée par le psychiatre Amine Benyamina, président d’Addictions France, et la neurologue Servane Mouton, a accéléré et amplifié les prises de position des responsables politiques français. Entre appel à un encadrement renforcé de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux et projets de régulation des plateformes numériques, un consensus politique semble émerger sur la nécessité d’agir, du moins lorsque cela concerne les plus jeunes.

Les solutions et propositions envisagées peuvent cependant diverger : comment traiter politiquement et institutionnellement les addictions aux réseaux sociaux ? 

Nos propositions

Afin d’avoir un impact réellement efficace sur les usages, Addictions France formule plusieurs propositions visant à modifier les règles s’appliquant aux plateformes et à créer un environnement moins incitatif : 
 

  • Considérer les plateformes comme des éditeurs de contenus et non plus comme des simples hébergeurs. Cette mesure permettrait de les rendre responsables des contenus qu’ils publient ou éditorialisent au même titre que l’ensemble les médias traditionnels ;  
  • Mettre en place, au niveau de l’Union Européenne, une interdiction pour les opérateurs de plateformes d’inscrire les moins de 15 ans à leurs services de réseaux sociaux (hors plateformes de messagerie), cette mesure seule n’étant pas suffisante et uniquement coercitive ;  
  • Contraindre les plateformes, lors de la création des comptes, à vérifier les justificatifs d’identité et l’âge des personnes grâce à un système infalsifiable et protecteur des données personnelles à l’image du dispositif France Identité ;  
  • Contraindre les plateformes à proposer des algorithmes d’exploration ne reposant pas sur la recommandation de contenus et l’exploitation des données personnelles (cookies) des utilisateurs afin de lutter contre les bulles informationnelles ; 
  • Contraindre les plateformes à prendre en charge, rendre accessible et généraliser les dispositifs pour limiter le temps d’écran, interdire le défilement infini de contenus et les suggestions personnalisées ;  
  • Limiter les possibilités de sponsorisation proposées par les plateformes ;  
  • Renforcer les moyens humains, techniques et financiers de l’ARCOM pour lui permettre de mieux contrôler les plateformes, s’agissant notamment de leurs obligations en matière de protection des mineurs, de modération des contenus en ligne et d’interdiction des publicités intrusives et interstitielles pour des produits addictifs ;  
  • Veiller au bon fonctionnement du dispositif des signaleurs de confiance en leur donnant les moyens de remplir leur mission en toute indépendance et en accélérant le traitement de leurs signalements ;  
  • Adopter des sanctions financières suffisamment dissuasives pour contraindre les plateformes à respecter leurs obligations ;  
  • Mettre en place une surtaxation des très grandes plateformes, en vertu du principe de pollueur-payeur, et affecter une partie des produits au Fonds de lutte contre les addictions pour financer des actions de prévention des conduites addictives. 

Les ressources sur le même sujet

Voir aussi notre plaidoyer « Alcool et réseaux sociaux » :

Alcool sur les réseaux sociaux : des influenceurs qui se jouent de la loi

Pour en savoir plus

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