Les lobbies de l’alcool : entre manœuvres parlementaires et discours mythificateurs
Bien que la loi de simplification de la vie économique ait censuré les dispositions favorable aux alcooliers, Addictions France montre, dans son rapport annuel sur les pratiques des lobbies de l’alcool, comment ceux-ci ont trouvé, dans cette loi, un instrument de concrétisation de leurs revendications.
En 2025, année marquée par un contexte national et international très instable (droits de douane américains sur les exportations européennes, les aléas climatiques, l’arrachage de vignes, entre autres), les lobbies de l’alcool ont eu recours à des stratégies fondées sur la mise en récit culturel et la mythification des produits alcoolisés pour influencer le débat public et politique. Le résultat ne s’est pas fait attendre. En 2025, nous avons assisté à la dérégulation de la vente de spiritueux et au déploiement d’une nouvelle stratégie d’influence visant à toucher un nouveau public peu ou pas consommateur.
Le lobbying réussi des spiritueux : l’alcool-fédérateur national, ou le renforcement d’un statut déjà mythifié
Les industriels de l’alcool ont poursuivi une stratégie visant à installer et renforcer progressivement un récit faisant de l’alcool un élément indissociable à la revitalisation du lien social dans les territoires ruraux ainsi qu’un levier de développement économique et touristique territorial.
Ces efforts commencent doucement à aboutir. La demande de longue date de la filière sur la simplification de l’ouverture de débits de boisson en zone rurale a été adopté à l’Assemblée nationale en mars 2025, sous le prétexte que cette mesure permettrait de revitaliser la vie sociale dans les communes de moins de 3500 habitants². Plusieurs mesures visant à favoriser la vente de spiritueux et à développer le spiritourisme ont également été introduites dans le projet de loi de simplification économique. Heureusement, le Conseil constitutionnel les a censurées, estimant que ces mesures ne rentraient pas dans le champ du texte (cavaliers législatifs).
Des discussions budgétaires favorables aux alcooliers
Le cas des Vody3 est aussi illustratif du pouvoir d’influence des lobbies sur le plan législatif. Lors du débat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, Addictions France a obtenu, en première lecture à l’Assemblée, le soutien des députés pour promouvoir une taxation des boissons “Vody” dans la même mesure que les autres « prémix ». Cependant, après une campagne de lobbying de la part de la Maison des Vins et Spiritueux, un amendement, restreignant fortement le champ de la taxe, a été adopté. Usant d’arguments fallacieux, la filière a ainsi pu protéger un marché en plein essor qui cible particulièrement les jeunes.
Face à ces exemples qui ne peuvent qu’interroger sur la place prise par les acteurs économiques dans la prise de décision publique, Addictions France appelle à un sursaut pour que, sur cette question de santé publique majeure (l’alcool est toujours à l’origine de 41 000 décès évitables par an pour un coût social de 102 milliards d’euros), nos décideurs retrouvent le sens de l’intérêt général.
2 La proposition de loi « Licence IV » n’a, pour l’heure, pas encore été étudiée au Sénat. La mesure a toutefois été reprise dans le projet de loi de simplification de la vie économique, mais censurée par le Conseil constitutionnel.
3 Mélange de spiritueux, arômes sucrés ou boisson énergisante avec entre 18 et 22% d’alcool