Un argument commercial qui brouille la perception des risques liés à l’alcool
Des travaux scientifiques se sont intéressés à la manière dont ces campagnes peuvent modifier la perception des produits et des marques.
En 2015, les chercheurs Sarah Mart et Norman Giesbrecht avaient recensé 17 campagnes de produits alcoolisés associant des marques au ruban rose, à la sensibilisation au cancer du sein ou à des associations. Leur analyse, publiée dans Addiction, mettait déjà en évidence la tension entre la promotion de boissons alcoolisées et leur association à une cause liée à une maladie dont l’alcool constitue un facteur de risque.
Une autre étude publiée en 2024 dans Addictive Behaviors permet de mesurer plus précisément cet effet. Les chercheurs ont exposé 602 adultes américains à différentes publicités pour de la bière, du vin et des spiritueux. Un groupe a vu des publicités associant les produits à la sensibilisation au cancer du sein ou à des œuvres caritatives, tandis que l’autre a été exposé à des publicités classiques pour les mêmes marques. Pour la bière, les chercheurs ont constaté que ces références au cancer du sein étaient associées à une perception plus favorable de la marque, mais aussi à une perception accrue de la santé du produit et de la responsabilité sociale de l’entreprise. L’association à une cause de santé publique peut donc influencer non seulement l’image de la marque, mais aussi la perception du produit lui-même.
Cette perception contraste fortement avec les données disponibles sur les risques liés à l’alcool. L’alcool est un cancérogène avéré, classé dans le groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer. Santé publique France rappelle que sa consommation est associée à sept localisations de types de cancers, dont le cancer du sein.