À l’approche des fêtes de fin d’année, période propice aux excès, Addictions France révèle les résultats de deux enquêtes sur la consommation d’alcool des mineurs. Les chiffres et les témoignages recueillis par l’association mettent en lumière l’ambivalence des Français vis-à-vis de la consommation d’alcool des ados, et montrent à quel point il est facile de se procurer de l’alcool quand on est mineur. 

 

Les premières initiations se font en famille

Souvent considérées comme un rite initiatique et culturel, les premières initiations à l’alcool se font généralement en famille. D’après l’enquête* de BVA Xsight pour Addictions France, un enfant goûte de l’alcool pour la première fois à l’âge moyen de 14 ans. Une expérience qui met en perspective la place que tient l’alcool dans notre société. Car loin d’« éduquer au goût », faire goûter de l’alcool banalise, en réalité, un produit qui comporte des risques pour la santé, en particulier pour les jeunes qui y sont plus vulnérables que les adultes. 

*Sondage réalisé du 10 au 19 octobre 2023, échantillon de 1000 français et 500 parents d’adolescents de 13 à 17 ans. 

 

Les interdits protecteurs ne sont pas une option 

Alcool et tabac présentent des risques sanitaires et sociaux importants, en particulier pour les plus jeunes. Afin de protéger ces derniers, la loi interdit la vente aux mineurs de ces produits à risque. La tolérance sociale vis-à-vis de la consommation d’alcool est cependant loin d’expliquer pourquoi il est si facile de boire de l’alcool quand on est adolescent. L’irresponsabilité des acteurs économiques favorise largement l’entrée précoce des jeunes dans la consommation.

Cet été, Addictions France a réalisé des achats-tests dans des bars, cafés et fast-food à Nantes et dans 6 autres communes de Loire-Atlantique : sur 42 établissements, tous, sauf un, ont vendu de l’alcool à des mineurs. Une impression de déjà-vu pour l’association qui avait pointé du doigt ces pratiques illégales des supermarchés de Loire-Atlantique et du Finistère en 2021. Après une nouvelle vague de tests en 2023 qui a conduit aux même conclusions, l’association a décidé d’engager des actions en justice à l’encontre de 4 magasins des enseignes Auchan et Leclerc.

 

Pour Bernard Basset, président d’Addictions France :

« Il est regrettable que nous en arrivions à devoir attaquer les enseignes en justice pour qu’elles daignent respecter une loi, instaurée pour protéger la jeunesse »

 

Pour les Français, il y a urgence à agir contre des pratiques jugées « inacceptables » pour 92% d’entre eux. Ainsi, 9 Français sur 10 (et 94% des parents) soutiennent le renforcement des contrôles et des sanctions à l’encontre des établissements contrevenants. Ils en font la priorité numéro 1 pour réduire ou retarder la consommation d’alcool des adolescents. 

La santé des jeunes est l’affaire de tous. Addictions France appelle tous les acteurs à se saisir de ce sujet majeur et retarder le plus possible l’âge des premières consommations.

 

Les recommandations d’Addictions France

Notre association formule un ensemble de propositions visant à prendre les mesures qui s’imposent pour protéger les mineurs contre des pratiques dangereuses pour leur santé en plus d’être illégales et invite les parlementaires à s’en saisir :

  • Instaurer des contrôles via des opérations de testing. L’Assemblée nationale a déjà adopté un dispositif similaire visant à lutter contre les discriminations par la pratique de tests individuels le 6 décembre 2023.
  • Instaurer l’obligation de demander systématiquement la carte d’identité à tout client paraissant avoir moins de 25 ans.
  • Rendre la loi plus effective par l’augmentation de la sanction judiciaire encourue pour les établissements contrevenants, ainsi que les sanctions administratives (suspension ou retrait de licences)
  • Faciliter la démarche de contrôle de l’âge des clients par les personnels de caisse en encourageant la mise en place d’un système de calcul automatique de l’âge à partir de la carte d’identité
  • Développer les dispositifs de formation à destination des personnels de la grande distribution qui prennent en compte les contraintes de la profession
  • Renforcer le contrôle des signalétiques obligatoires relatives à l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs au sein des enseignes de la grande distribution.