Quand le sport devient une dépendance

Le sport est une activité reconnue pour ses nombreux bienfaits pour la santé et encouragée pour lutter contre la sédentarité. Dans certains cas, l’activité sportive peut basculer vers une pratique excessive et incontrôlable. La bigorexie, également appelée dépendance à l’exercice physique, est une maladie reconnue par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2011.

Une addiction comportementale encore méconnue

La bigorexie est une addictions au sport qui se caractérise par un besoin irrépressible de pratiquer une activité physique, malgré des conséquences négatives sur la santé, la vie sociale ou professionnelle. Contrairement aux idées reçues, elle ne concerne pas uniquement les
sportifs de haut niveau
[CJ1]. Les sportifs amateurs sont largement touchés : entraînements de plusieurs heures par jour, absence de repos, renoncement aux relations sociales ou familiales, poursuite de l’effort malgré la fatigue ou la douleur.


 [CJ1]On pourrait ajouter un lien vers le témoignage d’un sportif de haut niveau ici

Plusieurs critères caractéristiques permettent d’identifier la dépendance à l’exercice physique : 

Perte de contrôle

Incapacité à réduire ou interrompre la pratique sportive malgré la volonté de le faire.

Caractère compulsif

Incapacité à réduire ou interrompre la pratique sportive malgré la volonté de le faire.

Tolérance

Augmentation progressive de la durée, de la fréquence ou de l’intensité de l’entraînement pour obtenir les mêmes effets psychologiques (bien-être, apaisement, valorisation de soi).

Symptômes de sevrage

Apparition d’irritabilité, d’anxiété, de culpabilité, de tristesse ou d’agitation lors de l’arrêt ou de la diminution de l’activité physique.

Poursuite malgré les dommages

Maintien de l’entraînement en dépit de blessures, d’un épuisement physique, de troubles psychiques ou d’un isolement social.

Les études estiment qu’environ 15 % des sportifs réguliers [CJ1] présentent des signes de dépendance, ce qui représenterait près de 500 000
personnes en France. Un chiffre d’autant plus préoccupant que cette addiction
reste socialement valorisée. 

La bigorexie s’explique par une combinaison de facteurs : la libération d’endorphines et de dopamine pendant l’effort, des troubles de l’image corporelle, mais aussi des fragilités  psychologiques comme le perfectionnisme, le besoin de contrôle ou une faible estime de soi. Des outils comme l’échelle de dépendance à l’exercice (échelle de Kern) permettent d’évaluer le risque.


 [CJ1]Citer
la source

Pourquoi développe-t-on une addiction au sport ?

Derrière la discipline, se cache souvent une souffrance psychologique. Pour les sportifs professionnels, l’entraînement intensif relève du métier. Cependant, explique Hervé Martini, addictologue et médecin du sport, la difficulté survient fréquemment lors des fins de carrière ou des périodes de reconversion, lorsque l’intensité de la pratique ne diminue pas malgré l’arrêt du cadre compétitif.

À l’origine, la bigorexie a été décrite chez les culturistes, insatisfaits de leur apparence physique et prisonniers d’une perception déformée de leur corps. Aujourd’hui, cette logique s’étend à de nombreuses disciplines :

« Dans la bigorexie, tout est centré sur le besoin compulsif de faire du sport, et non sur le plaisir », souligne Hervé Martini. Le phénomène s’accompagne d’une tolérance, obligeant la personne à augmenter toujours davantage la durée ou l’intensité de l’effort pour ressentir les mêmes effets ».

L’arrêt forcé, notamment en cas de blessure, agit souvent comme un révélateur. « C’est à ce moment-là que le vide apparaît, avec une grande détresse psychologique », observe le spécialiste. Les blessures à répétition, les troubles musculo-squelettiques, l’épuisement chronique ou encore les troubles cardiaques sont fréquents. À cela s’ajoutent des conséquences psychiques : anxiété, dépression, isolement social, voire troubles du comportement alimentaire. Près de 30 % des sportifs de haut niveau présentent des TCA associés, avec une obsession du poids et de la composition corporelle.

Malgré ses dangers, la bigorexie reste une addiction peu reconnue, car la performance et le dépassement de soi sont socialement valorisés. Les réseaux sociaux, les applications et les objets connectés renforcent cette dynamique en encourageant la comparaison, l’intensification des entraînements et des standards corporels souvent irréalistes.

Repérer les signes et mieux encadrer la pratique sportive

La pratique sportive est essentielle à la santé physique et mentale. Des périodes d’entraînement intensif peuvent être normales dans un objectif précis (préparation d’un marathon, d’un Ironman). Le point de bascule réside dans la capacité à récupérer et à s’arrêter. Les personnes dépendantes restent en permanence en surrégime, sans respecter les phases de repos indispensables au corps.

Plusieurs signaux doivent alerter :

  • la place centrale occupée par le sport dans la vie quotidienne ;

  • une quantité d’entraînement excessive et rigide ;

  • un impact négatif sur la vie sociale, familiale ou professionnelle ;

  • un sentiment de culpabilité ou d’irritabilité en cas d’entraînement manqué ;

  • l’incapacité à interrompre la pratique, même en cas de blessure.

La prise en charge de la bigorexie repose sur un encadrement pluridisciplinaire : médecins du sport, addictologues, psychologues, mais aussi kinésithérapeutes du sport, qui jouent un rôle clé dans la prévention et la rééducation. La vigilance est essentielle face aux pratiques non encadrées, notamment dans certaines salles de sport, et à l’usage de produits dopants ou anabolisants. L’enjeu est que le sport reste un facteur de santé et ne devienne pas une source de souffrance physique et mentale.