Comprendre le trouble du shopping compulsif

Acheter un vêtement, une paire de chaussures ou un objet inutile peut parfois soulager un stress passager. Mais lorsque l’acte d’achat devient répétitif, incontrôlable et source de souffrance, il ne s’agit plus d’un simple plaisir. L’oniomanie, ou trouble des achats compulsifs, est un trouble encore méconnu, aux mécanismes proches de ceux des addictions. Aujourd’hui alors que les achats en ligne sont omniprésents, ce trouble peut entraîner des conséquences destructrices et des difficultés financières et émotionnelles profondes.

Un trouble encore méconnu

L’oniomanie, bien que fréquemment associée à une forme d’addiction, ne bénéficie pas encore de la même reconnaissance scientifique que d’autres dépendances comme l’alcoolisme [CJ1] ou le jeu pathologique. Comme le souligne Jacqueline Kerjean, addictologue et Vice-Président d’Addictions France, « ce trouble se rapproche en tout point des addictions classiques. L’oniomanie fait encore partie des « troubles du contrôle des impulsions » dans la classification du DSM-5 (le manuel diagnostique des troubles mentaux aux États-Unis), mais elle n’a pas encore la légitimité d’une addiction comportementale à part entière ».

Cette situation pourrait toutefois évoluer, car les comportements associés à l’oniomanie révèlent des similitudes frappantes avec des dépendances plus classiques. Il existe une dynamique où l’individu ressent une euphorie lors de l’achat, suivie de déception et de culpabilité, et doit acheter encore plus pour ressentir la même excitation, un phénomène que l’on retrouve dans le cadre d’une addiction au jeu ou à d’autres substances.


 [CJ1]Lien vers page alcool

Le terme « oniomanie » vient du grec :
« onio- » (qui signifie « biens » ou « marchandises ») et « -manie » (qui signifie « folie » ou « obsession »). Il désigne donc l’obsession de l’achat ou la compulsion à acheter de manière excessive.

Les symptômes de l'oniomanie : bien plus qu'une envie d'acheter

L’oniomanie se manifeste par une série de symptômes et de comportements récurrents et obsédants qui dépassent largement le plaisir de faire du shopping.  Les achats compulsifs sont une réponse émotionnelle face àà l’anxiété, à la dépression ou à un stress intense. Le shopping devient un rituel, un exutoire, et la personne peut se retrouver dans une spirale d’achats excessifs. Comme l’explique Jacqueline Kerjean :

 « les individus touchés par ce trouble achètent souvent des objets inutiles, parfois sans même les déballer. Ils se retrouvent confrontés à des dettes, mais continuent à acheter pour fuir la souffrance émotionnelle. »

 

Le shopping compulsif a des conséquences sur la vie personnelle et sociale. Il peut conduire à : un endettement, des conflits familiaux, l’isolement, et parfois même des problèmes psychologiques plus graves comme l’anxiété ou la dépression. Ce comportement a également des répercussions sur le bien-être mental et physique de l’individu, et peut rapidement devenir envahissant, compromettant ses autres activités quotidiennes et sociales.

 

L’essor des achats en ligne, avec la facilité de paiement par carte bancaire, n’a fait qu’intensifier ce phénomène. La distance émotionnelle engendrée par l’achat virtuel permet de réduire le sentiment de culpabilité, rendant l’addiction encore plus insidieuse.

 

Comment traiter l'oniomanie ? Des solutions thérapeutiques adaptées

La prise en charge de l’oniomanie nécessite une approche multidimensionnelle. Il commence par une prise de conscience de la part de la personne concernée, souvent difficile, mais essentielle. Lorsqu’une personne se rend compte que son comportement devient problématique, des solutions adaptées peuvent être envisagées. Selon Jaqueline Kerjean, « la thérapie cognitivo-comportementale [CJ1] (TCC) est l’un des outils les plus efficaces pour traiter l’oniomanie, car elle permet de déconstruire les pensées et croyances irrationnelles qui alimentent le désir compulsif d’acheter. »

Les traitements psychothérapeutiques, incluant les thérapies de pleine conscience (Mindfulness) ou encore les groupes de soutien, permettent à l’individu d’apprendre à contrôler ses impulsions, à comprendre les causes sous-jacentes de ses achats compulsifs et à développer des stratégies pour y faire face. Une approche globale qui inclut le soutien médical, psychologique et social est également fondamentale.

 

L’aide au budget et le soutien des proches peuvent jouer un rôle déterminant dans la gestion du trouble. Des actions concrètes peuvent également être mises en place au quotidien pour limiter les comportements compulsifs. 

 

Par exemple, il est recommandé de payer en liquide pour rendre la dépense plus tangible, ou de réduire l’exposition aux publicités pour limiter l’envie d’acheter. La pratique d’activités relaxantes comme le yoga ou la méditation peut aussi aider à réduire le stress, un des principaux déclencheurs de l’oniomanie.


 [CJ1]Ajouter un lien externe pour expliquer ce qu’est la TCC